Le célèbre intellectuel Achille Mbembe a accordé une interview percutante sur la situation tragique que traverse l’Afrique du Sud. S’exprimant pour la première fois sur le sujet, il a dénoncé ce qu’il appelle l’« afrophobie », cette haine des Noirs envers d’autres Noirs, qui a conduit à des scènes de pillages, de meurtres et de destructions visant les ressortissants africains.
Parmi les victimes, un champion international de boxe d’origine congolaise a été sauvagement assassiné et brûlé dans sa maison incendiée par un groupe d’émeutiers. Une commerçante congolaise a vu son salon de coiffure et de cosmétiques détruit, remplacée de force par des Sud-Africains. Ces actes inqualifiables ont contraint des centaines de Congolais à regagner le pays avec une simple valise, abandonnant des années de labeur et de patrimoine.
Pour Mbembe, ces événements révèlent une profonde crise de l’humanisme africain. La philosophie ubuntu, qui signifie « je suis parce que nous sommes », est aujourd’hui piétinée par ceux-là mêmes qui l’avaient célébrée après la fin de l’apartheid. « Tout problème individuel est un problème politique », a-t-il rappelé, insistant sur la nécessité d’une prise de conscience collective.
Il a également pointé du doigt l’élite politique sud-africaine, prompte à défendre les Palestiniens mais aveugle face au chaos intérieur. Alors que la diaspora congolaise vit dans l’angoisse, les autorités de Brazzaville suivent de près ces développements et appellent à la retenue.
