Gestion des finances publiques au Congo : la transparence et les audits, une urgence pour la bonne gouvernance

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Le Congo regorge de ressources financières considérables, pourtant la dépendance aux prêts extérieurs et au Fonds monétaire international (FMI) continue d’alimenter les controverses. La récente hausse de la loi de finances rectificative a ravivé les tensions autour de la gestion des deniers publics, mettant en lumière deux visions économiques qui s’affrontent : l’autofinancement des investissements, inspiré du modèle burkinabé, ou le recours à l’endettement et aux institutions de Bretton Woods. Mais au-delà de ce clivage, l’urgence se situe dans la mise en œuvre effective des audits, condition sine qua non pour une gouvernance transparente et responsable.

Les audits pétroliers restent dans l’ombre

Dès 2018, la Banque mondiale recommandait un audit approfondi des coûts pétroliers, avec l’appui de la Banque africaine de développement (BAD). L’objectif : vérifier que les « Cost Oil » – ces coûts récupérables prélevés avant partage de la production – ne sont pas artificiellement gonflés au détriment de l’État. Les partenariats stratégiques liant la SNPC à TotalEnergies, Eni ou Perenco étaient particulièrement visés. Pourtant, aucun rapport exhaustif n’a été publié à ce jour. Les seuls documents disponibles, comme le rapport ITIE Congo 2021, se limitent à des travaux de réconciliation des flux, sans véritable audit. La situation se serait même aggravée sous l’ancien ministre Bruno Jean Richard Itoua, accusé d’avoir confié des missions à des cabinets camerounais hors cadre légal.

La SNPC : des comptes toujours opaques

Le même rapport de la Banque mondiale insistait sur la nécessité de rendre publics les rapports de rapprochement des comptes pétroliers effectués par KPMG, ainsi que les audits externes de la SNPC pour les exercices 2012-2016. Si certains documents ont finalement été divulgués avec retard, la transparence demeure très insuffisante pour la période 2017-2023. Cette irrégularité dans la publication des états financiers audités alimente les soupçons de malversations, dans un secteur où les enjeux sont colossaux.

Des entreprises publiques sous contrôle… ou pas

Le troisième volet des réformes exigées concerne les audits des entreprises publiques par la Cour des comptes et de discipline budgétaire (CCDB) et le Commissariat national aux comptes (CNC). En 2016, sur 49 entreprises publiques, 22 étaient entièrement détenues par l’État. Mais le tableau de suivi promis n’a jamais vu le jour, et la CCDB n’a obtenu sa loi organique qu’en 2020, avec deux ans de retard. Une évaluation récente de la Banque mondiale confirme que l’audit externe couvre moins de la moitié des dépenses publiques, et les rapports disponibles restent confidentiels.

Des institutions de contrôle fragilisées

La CCDB traverse une période de turbulences depuis le décès de son président Charles Émile Apesse en 2025. Dans le même temps, le concours de recrutement d’auditeurs de justice à l’ENAM en 2026 a soulevé une vive polémique : plus de 250 candidats ont été admis pour 75 places officielles, issus d’établissements privés souvent décriés. Des allégations de corruption font état de sommes de 1 à 3 millions de FCFA exigées pour l’admission. Une enquête avait bien été ouverte, citant le ministre Bininga, le président de l’Université Marien-Ngouabi et d’autres personnalités, avant de sombrer dans le silence.

En définitive, sans une réelle volonté politique de transparence et de reddition des comptes, les audits resteront lettre morte. Le Congo doit s’appuyer sur ses compétences, non sur des logiques de proximité, pour restaurer la confiance et assainir ses finances publiques.

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