Brazzaville – Le rapport tant attendu du Collectif des Amis du Droit (CAD) sur l’opération “zéro kuluna” est enfin sorti. Publié ce vendredi 4 juillet 2026, il dresse un bilan terrifiant des actions de la Direction générale de la sécurité présidentielle (DGSP) dans les quartiers populaires de Brazzaville et d’autres villes du sud du Congo.
Sur une période de huit mois, de septembre 2025 à avril 2026, le CAD a documenté 166 cas de violations graves des droits humains, dont 72 exécutions sommaires, 56 disparitions forcées et 38 actes de torture. La majorité des victimes sont des jeunes hommes âgés de 18 à 35 ans, accusés sans preuve d’appartenir aux gangs dits “Kuluna”.
“L’opération a agi comme une machine de mort ciblant une génération entière”, dénonce le rapport. Des témoignages poignants recueillis par le CAD racontent des scènes d’enlèvements nocturnes, d’exécutions publiques et de corps abandonnés dans les rues. Une mère dont le fils a disparu confie : “Quelques minutes après l’arrestation de mon enfant, j’ai entendu des coups de feu et j’ai cru qu’il était mort. Ce n’était pas lui, mais un autre jeune du quartier.”
Le rapport souligne le rôle des opérateurs de téléphonie mobile, MTN et Airtel, qui auraient envoyé des messages incitant à la délation contre une récompense allant jusqu’à un million de francs CFA. Les agents de la DGSP portaient systématiquement des cagoules pour garantir leur anonymat.
Le CAD appelle à la fin immédiate de l’opération et à la création d’une commission d’enquête indépendante. “Fermer les yeux sur ces crimes reviendrait à accepter un précédent qui sape l’État de droit”, insiste l’organisation.
Face à ce bilan, les institutions congolaises sont restées silencieuses. Ni le Parlement, ni la Commission nationale des droits de l’homme n’ont réagi officiellement. Le rapport complet est disponible sur le site du CAD.
